Brightkite toujours vert
Les pionniers du secteur des réseaux sociaux mobiles ont pris un petit coup de vieux ces derniers temps. Je pense à Brightkite en particulier. Fondé en 2005 (ce que j'ai un peu de mal à croire quand on sait que Twitter a été fondé en 2006), Brightkite permettait à l'origine (et par MMS) de se localiser sur une carte, de publier une photo et un commentaire. Un genre de Twitter avant l'heure. J'ai mis du temps avant de jouer le jeu parce que cette question de la géolocalisation me semblait trop intrusive. Et puis, comme souvent, il suffit d'essayer une fois pour comprendre qu'avec une photo sur Brightkite, vous offrez beaucoup d'informations à vos lecteurs : un commentaire, un visuel et un lieu là où le tweet n'offre que 140 caractères. Du coup, j'ai accroché et je m'en sers très régulièrement, d'autant que Brightkite offre deux fonctionnalités essentielles à mes yeux : le push de vos messages sur Twitter et la copie de vos photos sur Flickr. Bref, je suis fan de Brightkite.
Mais le succès de Twitter et l'arrivée de l'iPhone ont changé pas mal de trucs et ont mis Brightkite en danger.
La première salve est venue de Flickr. En juin 2009, le service de partage de photos de Yahoo! a proposé à ses membres de publier directement leurs photos sur Twitter. Une photo + un commentaire = un tweet. L'objectif premier était bien de contrer des services comme Twitpic mais la réponse de Flickr a bien failli emporter Brightkite. Mais le nouveau service de Flickr ne proposait la géolocalisation de vos photos que si elles étaient natives iPhone : c'est à dire sans avoir eu recours à une application. Coup de chance pour Brightkite : j'utilise ShakieItPhoto.
La 2e salve est plus sévère. Elle vient de ces nouveaux réseaux sociaux mobiles apparus avec l'iPhone et qui commencent à faire parler d'eux en France. Qu'apportent ces réseaux ?
1/ Une dimension ludique : en signalant votre position et en documentant les lieux que vous visitez, vous remportez des points et que vous pouvez comparer chaque semaine votre total de points avec ceux de vos petits camarades.
2/ Une dimension sociale : vous pouvez connaître l'avis de vos petits camarades sur les lieux qu'ils ont visité lorsque vous passez à proximité.
3/ Une dimension commerciale : il n'y a pas que vos petits camarades qui peuvent vous donner un avis sur le bar devant lequel vous êtes en train de passer : il y a aussi le propriétaire du bar.
Depuis quelques semaines, j'ai testé trois des nouveaux réseaux :
Le grand intérêt de Foursquare, c'est la simplicité d'usage. L'appli iPhone est efficace. Le caractère ludique est soigneusement alimenté grâce à des badges que vous gagnez selon votre assiduité. Mais il y a deux problèmes avec Foursquare.
Le premier, c'est que cette dimension ludique a vite été détournée au profit de quelques petits malins qui se sont aperçus qu'on pouvait checker à un lieu où on n'était pas. On gagne les points quand même et on termine la semaine en haut de la liste. C'est vilain et ça entraîne Foursquare dans une mauvaise direction : les lecteurs fidèles de Thierry Crouzet voient très bien à quoi je fais allusion. Le deuxième, c'est qu'il n'y a pas de photos sur Foursquare.
Le design de l'appli iPhone est très agréable : des couleurs acidulées, un bel orange bien à la mode, un pack de très belles icônes et un caractère ludique particulièrement intéressant parce qu'avec Gowalla, il ne s'agit pas de marquer des points mais de s'échanger des objets qu'on dépose virtuellement à un lieu qu'on a visité. Intéressant sauf que... on n'a pas la main sur la localisation des "spots" qu'on crée. Pas génial pour une application fondée sur la géolocalisation.
Pas de photo non plus sur Gowalla.
Une dimension ludique avec des points et des badges, un bon contrôle sur la géolocalisation, des photos pour donner un peu de chair à ce qu'on est en train de faire, un push Facebook... il s'en est fallu de très peu qu'Openplayce ne détrône Brightkite. D'autant que les concepteurs ont poussé la logique mobile au bout : il n'y a pas de site web.
Ce qu'il manque encore à Openplayce pour que je l'adopte définitivement : une appli iPhone plus simple (et pas noire...) et plus rapide, un push Twitter, un push Flickr. En tout cas, s'il n'en reste qu'un (sur mon téléphone) pour rivaliser avec Brightkite, ce sera celui-là.
Vous avez compris que je n'étais pas très convaincu. D'abord parce que la localisation "brute", ça n'intéresse que très peu de monde (merci Myriam pour la leçon lors de mon arrivée sur Brightkite). Ensuite parce qu'avec les envois de notifications de l'iPhone, on est quand même pas mal dérangé. Et que ça commence à faire beaucoup de messages (SMS, alertes Google Calendar, voicemails, notifications Facebook, Foursquare, Openplayce, Gowalla...) sur un écran qui devrait rester réservé aux messages urgents.
Bref, Brightkite a encore de beaux jours devant lui.