Coups de boule sur la grande boucle
Hier, 11e étape du tour de France 2010 entre Sisteron et Bourg-lès-Valence. Dans le dernier kilomètre avant la ligne d'arrivée, Mark Renshaw (HTC) est en difficulté : il ne parvient pas à aménager une porte à son sprinter Mark Cavendish. Une porte, c'est à dire un espace libre entre deux coureurs dans lequel le sprinter pourra s'engouffrer et filer vers la ligne d'arrivée. La vitesse est démentielle : 70 km/h pour le dernier lanceur, souvent plus pour le sprinter. Pour vous rendre compte de ce à quoi ça ressemble que de rouler à 70 km/h, je vous invite à jeter un oeil au documentaire "La marge ultime", et notamment l'extrait qui présente l'entraînement des sprinters de l'équipe Gerolsteiner à Majorque. Ce n'est pas inhabituel qu'un lanceur ne parvienne pas à ouvrir la route à son sprinteur. Il n'y a pas de la place pour tout le monde sur une ligne d'arrivée. En général, ça se joue à deux ou trois, pas plus, alors qu'il y a au moins un sprinteur par équipe engagée (22 équipes au Tour de France). Dans ce cas là, l'équipe ne gagne pas l'étape. On revoit le final en vidéo, on affine les enchaînements et on essaye de faire mieux la prochaine fois. Il arrive également que, ne pouvant laisser passer son sprinteur, le lanceur fasse le sprint... et le gagne. Nouvelle technique proposée hier par l'Australien Mark Renshaw : ouvrir une porte à coups de tête contre son vis-à-vis, l'Américain Julian Dean, poisson-pilote de l'équipe Garmin pour son sprinteur Tyler Farrar. La technique est efficace puisque Cavendish se glisse entre les barrières et Renshaw et remporte le sprint devant Petacchi (porteur du maillot vert de meilleur sprinteur) et Farrar. La technique est détestable en ce qu'elle instaure un climat de terreur dans le peloton. La technique est onéreuse puisque Mark Renshaw est exclu du Tour de France pour cette manoeuvre dangereuse. La technique est intéressante en ce qu'elle illustre sans doute un nouvel état d'esprit du peloton, et peut-être dans le sport, et peut-être dans la société en général : il faut gagner à n'importe quel prix.
