La Twitter sagesse n'attend pas le nombre des followers

Dans un récent billet , François Guillot s'interrogeait sur la possibilité de voir émerger, via Twitter, de nouveaux leaders d'opinion en France. Car, si ce service est devenu un outil désormais incontournable aux Etats-Unis après seulement deux ans d'existence, il reste encore relativement confidentiel dans notre pays où le nombre d'utilisateurs oscille entre 6 000 et 20 000 selon les estimations pour plus de 3 millions d'utilisateur dans le monde. Pour étayer sa démonstration, François se fonde sur le profil des 10 utilisateurs français les plus suivis tel qu'il a été publié par Bruno Peeters au mois de juin.

Problème : ce nombre de followers, pour aussi spectaculaire qu'il puisse être (Barack Obama est suivi par 113 000 personnes là où l'un des Français les plus célèbres, Loïc Le Meur est suivi par 12 000 personnes), ne peut pas mesurer l'influence d'un utilisateur de Twitter. Trois raisons à cela :

1/ Pas besoin d'être enregistré comme "follower" pour suivre les updates envoyées par un utilisateur de Twitter. La plupart des comptes sont accessibles via un flux RSS (non comptabilisés dans les followers) et par des requêtes sur les moteurs de recherche grand public (type Google) ou spécialisés (type Twitter Search ou feu hashtag) qui ne sont pas traçables.
Le nombre des followers tel qu'il est affiché dans le profil d'un utilisateur est donc sous-estimé par rapport à la réalité des "pages vues" du compte en question.

2/ Les followers d'un utilisateur sont très variés. A côté d'un noyau de connaissances personnelles ou professionnelles intervenant dans le même secteur d'activité et qui peuvent constituer un lectorat fidèle et "influençable", un utilisateur est fréquemment suivi par des comptes plus exotiques : spammers qui s'abonnent automatiquement à des comptes, entreprises ou services web 2.0 qui veulent se faire connaître, utilisateurs qui ajoutent par politesse celui qui vient de les ajouter, sans compter bien sûr la prime de notoriété apportée par le nombre de followers et la visibilité apportée par les classements : si-cet-utilisateur-a-beaucoup-de-followers-c'est-que-ses-updates-doivent-être-intéressantes-hop-je-l'ajoute :-)
En parallèle, il est intéressant de noter que parmi les followers d'un utilisateur de Twitter, il y a des comptes qui ont été abandonné par leur propriétaire et qui ne servent plus depuis des mois, parfois des années. Dans ce cas de figure, certains utilisateurs peuvent alors bénéficier d'une prime à l'ancienneté et rester au sommet des classements alors qu'une partie de leurs followers ne sont plus actifs.
Le nombre de followers tel qu'il est affiché dans le profil d'un utilisateur est donc sur-estimé par rapport au nombre réel de "personnes" derrière ces comptes.

3/ Suivre un utilisateur de Twitter ne veut pas dire qu'on est attentif à ses updates. Tous les utilisateurs de Twitter découvrent vite qu'il devient délicat de suivre plus de 150 à 200 personnes. Là encore, il faudrait pouvoir faire la différence entre l'utilisateur qui envoie 2 updates par jour et celui qui en envoie 40. Par ailleurs, décalage horaire oblige, les updates des utilisateurs américains ou asiatiques de Twitter ne peuvent pas être suivis en direct. D'où la nécessité, pour trouver de l'information intéressante parmi les updates des utilisateurs de Twitter, de recourir à des nouveaux outils. Christophe Deschamps en a récemment dressé un impressionnant inventaire en six parties.
Le nombre de followers tel qu'il est affiché dans le profil d'un utilisateur est donc désormais déconnecté de la réalité de la diffusion de ses updates sur le web.

Voilà pourquoi, pour mesurer la véritable influence d'un utilisateur de Twitter, ce n'est pas le nombre de ses followers qu'il faut étudier, mais sa capacité à mobiliser sa communauté. Par quel moyen ? Les liens qu'il partage.

Des raccourcisseurs d'URL comme Tweetburner ou Hellotxt permettent de comptabiliser le nombre de fois où un lien raccourci envoyé sur Twitter a été cliqué. Sur Tweetburner, ces chiffres sont publics et les résultats sont édifiants. Quand un compte comme celui du journal satirique américain TheOnion, suivi par 6 400 utilisateurs, envoie un lien, ce lien est cliqué 80 fois (à l'heure où j'écris ces lignes) : 1,25 % de la communauté des followers de TheOnion réagit quand celui-ci poste un lien. C'est peu, c'est très très peu même quand on se rend compte que des comptes moins suivis bénéficient d'une fidélité plus importante.

Voilà pourquoi, loin du modèle des importantes communautés longues et difficiles à mettre en place (mais permettant de "montrer les muscles" à ses copains, voire ses collègues, voire ses clients), l'influence sur Twitter doit au contraire se concevoir et se bâtir sur le modèle de petites communautés soudées, fidèles et réactives et qui s'insèrent naturellement comme un élément supplémentaire de l'écosystème. Mais qu'autour de pratiques de micro-blogging s'agrègent des micro-communautés... quoi de plus naturel, finalement ?

PS. Merci à @palpitt de m'avoir influencé pour la rédaction de ce billet ;-)