Lendemains de fête
Mon beau-père, prof de maçonnerie dans un lycée professionnel, a fêté hier son départ en retraite après presque 40 ans de vie (très très) active. A ma table, lors du dîner, des gens que je ne fréquente que là bas. Des chauffeurs routiers. Des vendeurs de matériaux. Des profs de lycée technique. D'autres retraités.
On leur parle de Paris. De la vie quotidienne. Des temps de trajet pour aller travailler. Des loyers. Des assistantes maternelles. Des écoles surchargées alors que chez eux, les classes ferment. Ils sont horrifiés et je n'emploie pas une figure de style. Ils sont vraiment horrifiés par la vie que nous leur décrivons.Au cours de la soirée, la conversation glisse vers la télévision. Ils évoquent avec tendresse le choc qu'a représenté pour eux l'arrivée de cet étrange machine dans le salon - ou dans un meuble. La seule télévision de l'immeuble. Tous les voisins qui venaient. La convivialité. La magie de l'image.L'occasion est trop belle : "Et la première fois que vous vous êtes connectés à Internet, ça vous a fait la même chose ?" Silence. Malaise perceptible. Les réponses sont maladroites, cherchent à contourner l'obstacle. Parmi les six personnes à la table, il n'y en a qu'une qui "aime bien". Les autres "préfèrent un bon manuel" ou reconnaissent qu'elles "ne savent "pas trop comment s'y prendre pour trouver ce qu'on cherche." Je n'insiste pas.Du coup, le lendemain, en nettoyant un peu la salle avec les autres, on se demande ce qu'on fait dans la ville, là-haut, avec nos 2.0 plein la bouche, nos metaverses, nos notifications SMS pour Twitter et nos machins collaboratifs. Un genre de doute. Ca dure pas bien longtemps. Mais il est là quand même, ce doute.50 % de la population française est connectée à Internet. Sur ces 30 millions de personnes, beaucoup utilisent Internet de manière très différente : pour s'informer, pour acheter, pour jouer, pour faire des rencontres, pour participer à des forums de discussion. Soit. Super. Clap clap pour la France qui a rattrapé son retard et semble avoir enterré le Minitel. Mais pour les 30 autres millions, on fait quoi ?