Médaille miraculeuse
Ils sont tous les deux installés à la terrasse du café Les Ondes où je dînais tout à l'heure. Nous sommes en novembre mais ils sont dehors, l'un contre l'autre, sous un radiateur à gaz qui les chauffe et les protège du froid qui n'existe pas. Ils boivent du rosé comme si c'était l'été et vraiment, à les voir, plus rien n'a d'importance à part eux. Ils sont tous les deux dans une bulle de douceur. Peut-être qu'ils se parlent à voix basse. Peut-être qu'ils parlent d'eux, ou de l'avenir, ou de la journée qu'ils viennent de passer, ensemble ou pas. Dehors, ça n'existe pas.
Même quand la réalité se rappelle à eux sous la forme d'un clochard, c'est un clochard grand, mince, avec des yeux sombres et un sourire avenant. Avec son bonnet sur la tête et sa belle barbe noire, j'ai bien envie croire qu'il est Afghan. C'est un beau clochard qui leur va bien, qui entre bien dans leur composition. D'ailleurs, ils ne font pas de difficulté pour lui donner quelques pièces. Ce n'est de toute façon pas possible de faire entrer de la contrariété dans leur bulle. Mon clochard afghan remercie, sollicite une cliente à une autre table puis disparaît avant l'arrivée du serveur. Ca aurait pu se terminer comme ça. Mais quelques minutes plus tard, le clochard revient à la table des amoureux et leur rend quelque chose. Eux équarquillent les yeux. N'en reviennent pas. Manipulent l'objet, pile, face, qu'il vient de leur remettre. C'est un objet qui brille. Sans doute une médaille. La fille fond en larme et embrasse la pièce à pleine bouche, une fois, plusieurs fois. La remet à son compagnon qui la glisse dans son portefeuille, là où elle aurait toujours du se trouver. Ils remercient l'homme avec de grands yeux rougis. Lui disparaît dans la nuit. Ils se serrent l'un contre l'autre. C'est un miracle.