Message d'accueil.
Ce matin, allez savoir pourquoi, j'ai changé de trottoir en remontant la rue Charles Infroit, à Meudon (la rédaction de ce billet me permet d'ailleurs d'apprendre qui est Charles Infroit, dont la fin de vie semble avoir été aussi raide que la rue qui porte son nom). Et devant le numéro 11, qui est en chantier, ce superbe graffiti d'amoureux : "Réinventons l'amour Camille."
J'ai d'abord imaginé un fougueux jeune homme venant exprimer la violence de ses sentiments sur le mur bien blanc qui fait face au balcon de sa dulcinée.
Mais on pourrait très bien imaginer autre chose : Camille est un garçon et l'auteur du tag une fille.
Encore autre chose : ce ne sont pas des jeunes mais des adultes qui, en rentrant d'un dîner, arrêtent leur voiture en plein milieu de la rue, l'un de deux descend de l'automobile et va griffonner sa flamme sur ce mur croisé par hasard. Ils n'habitent pas ici. Ils sont juste de passage.
Encore autre chose : pourquoi spontanément penser à un couple hétérosexuel ? Pourquoi pas un couple homosexuel ? J'imagine qu'eux aussi gravent leurs noms au canif sur l'écorce des arbres, s'écrivent des mots doux et des graffitis. La formule est bien d'Arthur Rimbaud, qui écrivait dans Une saison en enfer : "Il dit : "Je n'aime pas les femmes. L'amour est à réinventer, on le sait. Elles ne peuvent plus que vouloir une position assurée. La position gagnée, coeur et beauté sont mis de côté : il ne reste que froid dédain, l'aliment du mariage aujourd'hui (...)"
Camille, garçon ou fille, merci en tout cas d'avoir suscité un tel élan : il m'a permis de terminer ma montée le coeur plus léger.
