Midway mon amour

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Chris Jordan est allé à Midway et il a photographié sur ce qu'il voyait sur la plage.

Des os, un squelette, des objets produits par l'homme, un sol plat bien nettoyé... si, ne serait-ce qu'une fois dans votre vie, vous avez traîné dans le département archéologie d'un musée, cette photo devrait vous dire quelque chose. A Midway, 1 albatros sur 3 meurt d'avoir ingéré des déchets plastiques. 

Midway porte bien son nom : c'est un coin perdu au beau milieu de l'océan Pacifique, à près de 3 500 kilomètres du premier continent venu. Tout le monde connaît cet endroit grâce aux images de la bataille de Midway, tournées en 1942 par John Ford et dans lesquelles Isabelle Clarke et Daniel Costelle ont largement pioché pour leur documentaire sur la seconde guerre mondiale, Apocalypse, diffusé par France 2 en septembre. On sait moins qu'à Midway, se niche 70 % de la population mondiale d'albatros de Laysan et 40 % des albatros à pied noir.

On sait encore moins que Midway se trouve dans la plaque de déchets du Pacifique Nord, appelée aussi "soupe plastique", "7e continent" ou "Grande zone d'ordures du Pacifique". Pour faire simple : les courants entraînent dans cette zone des déchets plastiques qui ne se biodégradent pas mais, sous l'effet de la lumière, se divisent en particules de plus en plus fines. Les poissons et les oiseaux ne savent pas faire la différence avec leur nourriture et avalent ces billes de plastiques.

"En montrant ces endroits qui sont hors de notre expérience, mais qui font partie intégrante de notre vie, je crois que j'ajoute de la compréhension de ce que nous sommes et ce que nous faisons." Cette phrase n'est pas de Chris Jordan mais de Edward Burtynsky, l'un des cinq finalistes du prix Pictet, qui sera remis jeudi. J'ai un faible pour son travail sur les carrières du Vermont (1991) d'où sont tirées les pierres des immeubles de la région. Il en résulte un paysage de "gratte-ciels à l'envers" tout à fait spectaculaire.

Le prix Pictet est le premier prix de photographie consacré au développement durable. Le Monde Magazine y consacre un article signé Claire Guillot. Elle commence son article de cette manière : "Voici des images qui ne prêtent guère à sourire. Ce sont plutôt la mélancolie, le chagrin ou la colère qui habitent les photographies de ces cinq finalistes du prix Pictet. Appelés à travailler sur le thème de la Terre, ils l'ont montrée abîmée et percée de toute part, en train de se dérober sous nos pieds."