
Cette porte, si vous la connaissez, c'est que vous avez dans votre poche, dans votre portefeuille, dans votre veste ou dans votre sac à main, un badge vous donnant accès au siège social du Groupe Publicis, le 4e groupe mondial de communication. C'est par là qu'on entre le matin avant 8 heures quand l'entrée principale est fermée. C'est aussi par là qu'on sort après 20 heures. C'est pas très beau alors si vous avez l'occasion de venir, pensez à prendre votre voiture, l'entrée du parking est nettement plus spectaculaire.
J'avais un de ces badges moi aussi, mais samedi, vers 13 heures, je l'ai donné à l'agent de sécurité qui se trouve derrière la porte. Badge rendu. Portable rendu. Affaires classées (pas toutes... pour les dossiers qui ont glissé dans un coin,
vous savez comment me joindre). J'ai quitté l'agence vendredi comme je le souhaitais, discrètement, sans flon-flon ni trompettes ni cacahuètes. Pardon à ceux qui ont été surpris (peinés ?) de ce départ rapide : il n'était pas possible de réunir dans la même pièce et dans le temps imparti tous ceux à qui j'aurai souhaité dire au revoir. J'espère qu'au cours des années que je viens de passer avec vous, on a eu le temps de se dire ce qu'on avait à se dire (sinon...
vous savez comment me joindre aussi). D'où ce pot (post) de départ 2.0 : asynchronisé et ouvert à vos commentaires :-)
Je viens de passer (presque) 7 ans chez
Publicis Consultants au sein de l'un des deux réseaux de communication corporate du Groupe Publicis. D'abord comme concepteur rédacteur, intervenant essentiellement sur des problématiques liées à la communication financière (rapports annuels, lettres aux actionnaires) puis sur des projets de communication interne. En septembre 2005, j'ai été chargé de l'animation des outils de communication interne de l'agence, d'abord sur le périmètre France puis, depuis septembre 2007, sur le périmètre international.
C'est dans ce cadre que j'ai travaillé, avec
François Nonnenmacher à la mise en place et à l'animation d'un intranet collaboratif - un wiki - basé sur
Confluence. Ce projet, exaltant et vraiment innovant dans une entreprise comme Publicis Consultants, a été rendu possible grâce à la détermination de quelques collègues et managers (
Leslie,
Stan et surtout
Pascal) bien décidés à changer la façon de travailler, de partager et de mettre en valeur l'information au sein d'un réseau international. C'est d'abord grâce à eux, mais aussi à tous ceux des collaborateurs qui ont joué le jeu et modifié leurs habitudes, (je crois pouvoir prétendre qu'ils ne le regrettent pas) que j'ai passé des années extraordinaires à vivre des expériences fortes et passionnantes comme, tout récemment : l'organisation du
premier Atlassian User Group à Paris en juin 2008 ou la présentation de notre projet d'intranet collaboratif devant des ingénieurs de la R&D de Thalès. Je me permets de mettre la lumière deux autres rencontres aussi différentes qu'importantes à mes yeux : celle avec Matth
ieu Gorissen,
fondateur de l'agence de design belge Oil in Water (je n'ai jamais été déçu par un Belge) et, bien sûr, ces deux verres de vin partagés avec Stan et Jon Husband
dont la conclusion a été inattendue. Que des projets qui n'étaient pas - au début - clairement en rapport avec mon rôle de "Information Manager" chez Publicis Consultants.
Car Publicis Consultants a ceci de formidable : l'agence laisse des marges de manoeuvre à ses collaborateurs. De grandes marges de manoeuvre. Peu importe votre niveau de responsabilité ou l'équipe à laquelle vous êtes rattaché, si votre idée est bonne, si votre projet tient la route, il sera pris en considération par le management. Vous rencontrerez des gens qui vous donneront votre chance. Peut-être pas tout de suite. Peut-être pas la première fois. Mais ça arrivera. Et c'est cet état d'esprit qui fait de Publicis Consultants une belle école où on apprend, sans doute mieux qu'ailleurs, vite et beaucoup auprès de grands professionnels (et de grands clients). Alors bien sûr, cette liberté ne convient pas à tout le monde, pas tout le temps et elle implique évidemment des "mauvais côtés", périmètres mal définis, responsabilités qui se chevauchent parfois, cafouillages, prises de tête. La vie n'est pas forcément rose tous les jours et cette période de crise générale se prête bien à l'expression de mauvaise humeur. Mais je ne connais pas - et je n'ai jamais entendu parler - d'entreprises où la vie est rose tous les jours.
Il faut tout de même relativiser. Nous sommes beaucoup, dans cette agence, à être privilégiés. A être issus de familles attentives, tolérantes et protectrices, à avoir bénéficié d'une éducation ouverte et dense, à avoir acquis un large champ de compétences, à avoir les ressources pour faire face, voire surmonter, les difficultés de la vie, à avoir un toit, une réfrigérateur généralement plein, parfois une voiture, souvent des vacances, à avoir rencontré un homme ou une femme avec qui partager sa vie, élever des enfants. Alors bien sûr, on peut se plaindre de la "vie pas rose tous les jours". Mais pas trop fort quand même et de préférence avec la manière.
Parce que d'autres sont dans une situation bien différente. D'autres qui ont eu des accidents sur la route de la vie, à qui il ne manque presque tout - mais parfois presque rien - pour (re)partir du bon pied. D'autres qui méritent l'attention de ceux qui sont privilégiés. Ils sont nombreux, plus nombreux que nous. Cela fait plusieurs années que je cherche la bonne solution et les bons interlocuteurs pour concilier vie professionnelle, engagement personnel et réflexions spirituelles afin de vivre mon expérience humaine dans sa globalité. Pour pouvoir me retourner un jour sur le chemin parcouru et penser que j'ai fait autre chose de cette vie que d'aider Nike à vendre des Nike. Memento Mori.
J'ai peut-être trouvé.
Je rejoins lundi les équipes du service communication de la
Fondation d'Auteuil. Oeuvre d'Eglise, fondation reconnue d'utilité publique, la Fondation d'Auteuil accompagne des enfants et des jeunes en situation de grande détresse familiale, affective ou sociale. Présente dans une trentaine de départements en France à travers 170 établissements, elle emploie 4 000 salariés et accueille, éduque, forme et insère les enfants et les jeunes dont elle a la charge.
Au-delà de la formidable opportunité professionelle que représente cette évolution de carrière, je mesure l'immense responsabilité qui sera désormais la mienne : donner du sens à ma vie d'adulte en travaillant auprès de ceux qui redonnent une chance à des vies d'enfants. Avec mes qualités et mes défauts. Mon enthousiasme, ma personnalité, mes convictions, mes faiblesses et mes craintes aussi. Mon envie d'apprendre, de découvrir, de partager et d'aider. Mon envie de rebattre les cartes pour être concentré sur quelque chose de plus essentiel.
Merci à mon ancien employeur de m'avoir préparé à assumer ces responsabilités. Merci à mon nouvel employeur de me donner la chance de vivre une vie pleine. Toute mes compétences et mon énergie seront désormais au service de la
mission et du
projet éducatif et pastoral de la Fondation d'Auteuil.