Un petit grand prince
Derrière ce paquet de bonbons, il y a une histoire que je voudrais raconter. Celle d'un jeune avec qui j'ai bavardé pendant un moment en rentrant de Marseille, hier. Ca faisait bien deux heures qu'il était assis à côté de moi, ce petit gars. Il a dormi un peu. Lisait de temps en temps. A son réveil, il me propose des bonbons, insiste, avait visiblement envie de parler. Finalement, il se lance et me demande si je suis prof. J'étais justement en train de bouquiner les documents récupérés à Elisabeth Reinaud, un immeuble à vocation sociale ouvert à Marseille par la Fondation d'Auteuil au début du mois de février et sur le site de Vitagliano. A chaque paragraphe, vous pouvez trouver le mot "jeune", "enseignant", "éducateur", "parent" ou "établissement". C'était plutôt bien vu de sa part.
J'explique ce que fait la Fondation d'Auteuil, les enfants (un peu, beaucoup) en difficulté. Les différentes formations proposées dans les établissements. Les grandes lignes. Lui me pose des questions, me relance, cherche à éclaircir mes approximations. "C'est quoi exactement un enfant en difficulté ? Quelles difficultés ?" Au bout d'un moment, il me demande mon nom et me donne le sien. On se serre la main et voilà qu'à son tour, il parle un peu. Et voilà des mots auxquels je ne m'attendais pas, avec sa tête de gamin et son paquet de bonbons : "bêtises", "grosses conneries", "prison". Il a fait face depuis. A repris le dessus. A un boulot. Un logement. Lit beaucoup. Est très fier de s'en être sorti "tout seul, sans aller voir les éducateurs". Moi, je ne dis plus rien du tout.
En partant, il me dit au revoir avec un : "dommage, on aurait du se rencontrer quand j'étais petit, ça aurait été mieux" et, grand prince, il me laisse son paquet de bonbons. Je ne sais pas si on m'a déjà fait un cadeau si précieux.
