MMartin Live Journal

Je travaille dans une association caritative 

Tout remué

Il est très jeune, un peu tête en l'air, brûle quelques feux rouges, loupe la sortie, n'arrive pas à faire fonctionner son GPS. C'est peut-être parce qu'il vient juste de commencer sa carrière de chauffeur de taxi et que visiblement, il n'a pas encore tous les trucs du métier puisqu'il me propose une petite remise à la fin de la course "vu que j'ai pas pris le bon chemin". C'est peut-être aussi parce que, depuis qu'il sait où je travaille, il ne pense plus du tout à ma destination à moi mais bien à ses origines à lui.

Ses parents sont arrivés du Cambodge au début des années 80 et ne parlent alors que quelques mots de Français et il ne sait pas très bien comment se serait déroulée la vie de sa famille - bouddhiste - s'ils n'avaient pas croisé le chemin d'une association - catholique. Ce sont des catholiques qui les recueillent, qui leur apprennent notre langue, qui trouvent du travail aux deux parents et un appartement pour la famille.

Récemment, ses parents ont revu l'homme qui s'était occupé d'eux il y a plus de 25 ans. Malgré les années, il se souvenait d'eux et ils se sont tous retrouvés avec beaucoup d'émotion, eux les bouddhistes et lui le catholique. Et voilà mon jeune chauffeur de taxi tout remué, une main accrochée à son volant et l'autre à son GPS, qui me remercie pour tout ce que les catholiques ont fait pour sa famille : "En fait, vous les catholiques, vous êtes très humanistes et vous faîtes des choses que peu de gens feraient... que plus de gens devraient faire. Vous avez le coeur sur la main. Vous êtes généreux-pour-de-vrai."

Me voilà donc tout rempli de ses merci, touchants, charmants et un peu embarrassants. Comme l'autre fois, je sors de la voiture tout remué moi aussi. Photo contractuelle.

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Midway mon amour

Le photographe Chris Jordan est allé à Midway et il a photographié sur ce qu'il voyait sur la plage.

Des os, un squelette, des objets produits par l'homme, un sol plat bien nettoyé... si, ne serait-ce qu'une fois dans votre vie, vous avez traîné dans le département archéologie d'un musée, cette photo devrait vous dire quelque chose. A Midway, 1 albatros sur 3 meurt d'avoir ingéré des déchets plastiques. 

Midway porte bien son nom : c'est un coin perdu au beau milieu de l'océan Pacifique, à près de 3 500 kilomètres du premier continent venu. Tout le monde connaît cet endroit grâce aux images de la bataille de Midway, tournées en 1942 par John Ford et dans lesquelles Isabelle Clarke et Daniel Costelle ont largement pioché pour leur documentaire sur la seconde guerre mondiale, Apocalypse, diffusé par France 2 en septembre. On sait moins qu'à Midway, se niche 70 % de la population mondiale d'albatros de Laysan et 40 % des albatros à pied noir.

On sait encore moins que Midway se trouve dans la plaque de déchets du Pacifique Nord, appelée aussi "soupe plastique", "7e continent" ou "Grande zone d'ordures du Pacifique". Pour faire simple : les courants entraînent dans cette zone des déchets plastiques qui ne se biodégradent pas mais, sous l'effet de la lumière, se divisent en particules de plus en plus fines. Les poissons et les oiseaux ne savent pas faire la différence avec leur nourriture et avalent ces billes de plastiques.

"En montrant ces endroits qui sont hors de notre expérience, mais qui font partie intégrante de notre vie, je crois que j'ajoute de la compréhension de ce que nous sommes et ce que nous faisons." Cette phrase n'est pas de Chris Jordan mais de Edward Burtynsky, l'un des cinq finalistes du prix Pictet, qui sera remis jeudi. J'ai un faible pour son travail sur les carrières du Vermont (1991) d'où sont tirées les pierres des immeubles de la région. Il en résulte un paysage de "gratte-ciels à l'envers" tout à fait spectaculaire.

Le prix Pictet est le premier prix de photographie consacré au développement durable. Le Monde Magazine y consacre un article signé Claire Guillot. Elle commence son article de cette manière : "Voici des images qui ne prêtent guère à sourire. Ce sont plutôt la mélancolie, le chagrin ou la colère qui habitent les photographies de ces cinq finalistes du prix Pictet. Appelés à travailler sur le thème de la Terre, ils l'ont montrée abîmée et percée de toute part, en train de se dérober sous nos pieds."

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Rien n'est trop dur pour un gars de notre âge

A ma gauche, il y a un garçon qui vient d'avoir 23 ans. Il s'appelle Jean, a des origines hongroises et a fondé une famille en épousant l'année dernière une fille de son âge. Certains disent d'ailleurs que le jeune couple attend prochainement un heureux événement. Tout va très bien pour Jean : il ne lui manque qu'un boulot, en fait. On dit qu'il a fait un peu de droit, suivi des cours d'art dramatique. Il est engagé en politique et est élu conseiller général des Hauts-de-Seine. C'est bien tout ça mais moyennement rassurant pour un employeur. Il faudrait une ou deux expériences "réussies" en plus dans le CV. Les candidats de 23 ans, moi - je vous le dis en toute honnêteté - j'hésite à les rencontrer. C'est jeune 23 ans pour travailler. Il faut que leur CV soit vraiment bien solide ou qu'ils soient très bien recommandés.

"Rien n'est trop dur pour un gars de notre âge"

Jean, lui, il est très bien recommandé. C'est pour ça qu'il a envoyé sa candidature au poste de président de l'EPAD, l'Etablissement Public d'Aménagement de La Défense, au culot, alors qu'il n'a probablement pas les compétences requises. C'est pas forcément très grave, ça : certains disent que l'habit fait le moine. Et puis, à sa décharge, comme tout le monde, Jean a du demander à son père de relire sa lettre de motivation. Pour avis. Ca tombe bien vu que son père avait le poste entre 2005 et 2006. La lettre de motivation a du être très convaincante : à l'heure actuelle, la signature de Jean semble peser plus lourd que les 40 000 signatures rassemblées par une pétition en quelques heures, que l'indignation de la presse étrangère. Lui se défend courageusement : "Quoique je fasse, je serai critiqué."

"Rien n'est trop dur pour un gars de notre âge"

A ma droite, il y a un garçon de 22 ans. Il s'appelle Ounoussou et a aussi des origines hongroises d'une certaine manière. En 2002, il signe au au 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes dont les premiers combattants sont, au XVIIIe siècle, des patriotes hongrois qui s'opposent au régime des Habsbourg. Ounoussou ne le sait pas encore mais au cours des sept années qui viennent, il va voir du pays car le 1er RHP est de ceux qu'on engage : "Régiment de mêlée, de contact, réactif et tourné vers l'avenir" pour reprendre les termes imagés du service de communication du régiment. Entre 2002 et 2009, ce régiment est envoyé sur de nombreux théâtres d'opérations extérieures : Tchad, Bosnie, Côte d'Ivoire ou Afghanistan... je ne vous inflige pas la liste complète, vous avez compris ce que je voulais dire : le 1er RHP cogne et se fait cogner.

"Rien n'est trop dur pour un gars de notre âge"

Ounoussou a aujourd'hui 29 ans et, après 7 ans passés sous les drapeaux : il est aujourd'hui au tribunal parce que la France lui conteste sa nationalité française. Lui aussi avait pourtant une lettre de recommandation bien solide : son père a choisi de rester Français lors de l'indépendance du Sénégal en 1960 comme la loi le lui permettait. Lui aussi avait un peu de droit : le droit du sang en vertu duquel les enfants d'un Français étaient Français. Pour le côté dramatique, le tribunal s'en est chargé : aujourd'hui, une lecture un peu différente de la loi de 1960 remet en cause l'accession à la nationalité française du père d'Ounoussou. Et donc la sienne et celle de son frère aîné, militaire également.

"Rien n'est trop dur pour un gars de notre âge"

Sur le plan juridique, l'affaire est complexe. Sur le plan symbolique, elle est "démentielle" selon les termes de Eric Deroo, spécialiste de l'histoire militaire coloniale, interrogé par Jean-Dominique Merchet : "Cela revient à dire aux jeunes issus de l'immigration que, même sous l'uniforme français, ils peuvent être mis dehors".

"Rien n'est trop dur pour un gars de notre âge".

Délibéré le 18 novembre pour Ounoussou. Pour Jean, je ne sais pas ce qui est prévu.

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PS. Le titre et le "refrain" de ce billet est tiré du chant du 1er régiment de hussards parachutistes.

"Pour libérer le pays qu'on enchaîne,
Prêts au combat pour repousser ses ennemis,
Il faut des gars endurcis à la peine,
Chacun pour tous et tous pour un réunis.

Voyez, braves gens, largués sur la plaine,
Tombant du ciel et progressant dans la nuit,
Ne craignant rien, ni la mort, ni la haine,
Voyez ce sont les hussards de Bercheny.

Autour de nous la bataille fait rage,
Si certains tombent sous les coups de l'ennemi,
Pour eux la paix et à nous le courage
De risquer tout pour secourir la Patrie.

Ô parachutiste, voilà l'orage,
Montrons nous fiers de nos anciens de Hongrie,
Rien n'est trop dur pour un gars de notre âge,
S'il est para de Bercheny Cavalerie."

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Manquement

C'est parce qu'elle ne répondait pas à la porte que le kiné est descendu voir la gardienne. Ils sont entrés ensemble : elle était partie pendant la nuit. On habite sur le même palier mais les horaires, les modes de vie, notre façon de fonctionner et la sienne faisait qu'on ne se croisait peu. Je pourrais reconnaître son visage mais je ne connais pas son nom.

Je savais qu'elle était malade. Je savais que ses enfants étaient loin. J'avais remarqué qu'elle ne sortait plus beaucoup. Depuis quelques jours, avant de me coucher à mon tour dans la maison endormie, j'entendais son téléviseur de l'autre côté de la cloison. J'aurais pu taper à la porte. Au moins une fois. En voisin. Juste pour bavarder quelques instants, pour rompre un peu sa solitude. Je ne l'ai pas fait. Toujours quelque chose de plus important. Ou de plus urgent.

Maintenant, de l'autre côté de la cloison, j'entends le téléphone sonner. Personne pour répondre.

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Body art

Et pendant qu'on est devant le poste à regarder Jean-Luc Petitrenaud présenter le lycée horticole et paysager de la Fondation d'Auteuil à Saint-Philippe de Meudon, à téléphoner à la famille pour leur dire "Allumez vite la télé sur France 5 !", il y en a une qui profite de notre agitation pour abandonner ses grandes feuilles de papier et changer de support.

Si, plus tard, elle décide de devenir tatoueuse, personne ne devra s'en étonner. Depuis toujours, ça l'intéresse.

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Base jump

Ca devrait être en train de mettre le couvert mais ça préfère encourager ses enfants à sauter depuis le haut du canapé.

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Klaxon vert

Si on se croisait dans la rue, je ne te reconnaîtrai pas. Je crois que ton vélo était jaune mais je ne pourrais pas le jurer. Je trouvais que tes mollets étaient - comme les miens - un peu trop épais pour être ceux d'un "vrai" cycliste, ceux qui se déroulent 150 km de route de campagne pendant le week-end, ou qui passent leurs journées de boulot à faire le coursier, ou qui savent démonter et remonter un vélo les yeux bandés comme d'autres, à 11 ans, démontent et remontent un fusil d'assaut en 53 secondes. Par contre, j'ai bien remarqué ton klaxon en plastique vert. Comme ceux qu'ont les enfants sur leur vélo à trois roues. Ca m'a bien plu ce clin d'oeil pas sérieux.

Merci pour la séquence de sprint entre Opéra et République. C'était propre, géométrique, aérien, on a respecté les feux, les priorités, les automobilistes avec ou sans clignotant, on a fait tout ce qu'il fallait pour rester en vie. Mais dès qu'on pouvait, on lâchait les chiens, toi près du trottoir, moi contre la bande de séparation du couloir de bus. On jouait ensemble, en fait, proches l'un de l'autre, sans regarder nos visages mais avec un oeil bien fixé sur nos roues avant. J'ai passé un très bon moment. Si tu veux, la prochaine fois, on se retrouve ailleurs et on essaye un autre truc.

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Au festival du jeu vidéo, il y avait un bonus level

Samedi vers 17 heures, c'est pas la foule des grands soirs à la porte de Versailles. Pas une seconde d'attente devant le guichet "Invités". On est presque à marcher dans les papiers abandonnés par les visiteurs précédents en se demandant si le festival du jeu vidéo ne ferme pas ses portes, en fait.

Mais en fait, non. L'invitation offerte par le Fnac Gaming Network n'est pas une blague et les bodyguards cravatés et oreillettés me laissent passer. < conseil d'ami et/ou publicité gratuite > A ce propos, les concours de @FGN_live, c'est quand même une super affaire : ils sont suivis par moins de 100 personnes... vous n'aurez donc pas trop de mal à être parmi les premiers à retweeter leurs offres. < /conseil d'ami > 

A l'intérieur, c'est différent. Beaucoup de monde. Beaucoup de musique mais des gamins très studieux sur les consoles. Bien concentrés. Là, au milieu des ados en t-shirt noir et des Lara Croft version 2009, je reconnais que je ne me sens pas complètement à ma place. Et je veux croire que ce n'est pas seulement à cause du manque d'entraînement à Guitar Hero ou aux lapins crétins. A Mario, en revanche, j'ai pu marquer quelques points, mais pas aux manettes.

Le grand intérêt de ce genre de lieux, ce sont les bonus level. Avec mon compagnon d'aventure, on a tenté la conférence sur le marché des figurines (métal, plastique ou carton), sans trop de réussite avant de découvrir un très bel endroit : l'espace dédié aux artistes contemporains. J'ai beaucoup accroché aux oeuvres de Marco Cadioli, l'un des pionniers de la photographie d'univers virtuels. Le principe est simple : il existe de nouvelles "terra incognita" à explorer et à présenter au grand public. C'est tout le sens de son travail sur Second Life qui avait attiré l'attention du magazine Ecrans.fr

Au festival du jeu vidéo, c'est une partie de la série "Ennemy Territory" qui était exposé. On ne s'y attend pas. C'est sur du papier. Ca ne bouge pas. Ca ne fait pas de lumière ni de musique. Pas besoin de joystick pour l'apprécier. Ca jure un peu dans un festival du jeu vidéo du coup. Les clichés sont exposés exactement comme des clichés d'un photographe "normal", que l'auteur choisit de dramatiser en passant au noir et blanc. Le cadre, la fine plaque de verre, le cartel... tout concourt à donner à ces photos un caractère institutionnel en complète contradiction avec la nature ludique du sujet alors que, de l'autre côté de la réalité, "les vraies photos de guerre ressemblent de plus en plus à des captures d'écran de jeux vidéo" ainsi que l'indique Marco Cadioli au journal Libération en 2005.

Ce dialogue entre réel et virtuel et la tension créatrice qui en découle, on le retrouve enfin dans un autre travail sur le jeu Counter Strike. Dans cette série, au détour de clichés de scènes de guerre et d'explosions, Marco Cadioli est parvenu à capturer une émotion. C'est l'image n°20 du diaporama et c'est sans doute la plus belle de toutes.

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Des moments précieux

Parmi les quelques règles immuables de la vie, il y en a quand même une que je préfère parmi les autres : les meilleures soirées sont souvent celles auxquelles tu ne voulais vraiment pas aller. Genre c'est jeudi mais la semaine est loin d'être terminée. Genre ce serait pas mieux de rester encore une heure ou deux au boulot histoire d'avancer. Genre si je pars maintenant, je devrais pouvoir arriver à temps pour raconter une histoire à la petite avant qu'elle ne s'endorme.

Mais en fait non. Il y a une petite voix toute loin qui te dit d'y aller quand même. Que tu as dit que tu y allais. Que ça fait quand même un peu trop de soirée plantées et que cette fois, non, tu y vas.

Et on se retrouve à passer une belle soirée, à rire bien fort, à rencontrer des gens qu'on n'a jamais vu autrement que dans ton stream Twitter, d'autres dont on avait déjà remarqué qu'on avait un ami en commun, d'autres avec qui on a échangé quelques emails. Un autre, enfin, on s'était parlé au téléphone une fois. Il y a aussi la star de la soirée : celle qui n'a pas de compte Twitter.

Les sujets de conversation, c'est caractériser sa façon d'utiliser Twitter, parler de réalité augmentée, voir ressortir d'une poche de veste, à côté du dernier Blackberry acheté à Jakarta, un vieux Siemens dont on a du mal à se séparer, entendre parler de l'avenir numérique de l'Afrique et de la façon d'utiliser une webcam quand il fait nuit (pas simple), de logiciels libres et d'open source, de fixies et de rétropédalage, d'autres trucs que j'ai pas forcément bien saisis (mais c'était parce que la musique était forte...)

Merci à @clarinette02 pour la bonne idée du rendez-vous. J'ai passé une excellente soirée.

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Grippe A : le décès qui ne change rien

Je respecte infiniment la douleur de la famille du garçon de 26 ans décédé dimanche matin de la grippe A et je ne veux pas que le titre de ce billet les blesse. Ce n'est pas l'objectif. Ce n'est pas l'idée du tout.

L'idée, c'est de regretter que le Parisien instrumentalise la mort de ce jeune homme pour vendre davantage de papier. L'idée, c'est de regretter que le Parisien ne cherche pas à faire de l'information claire, pédagogique, responsabilisante, sans trémolos entre les lignes au sujet de la grippe mais verse dans le sensationnalisme à outrance.

Car le décès d'une personne en bonne santé du fait de la grippe A n'est pas une nouveauté. Ca ne change pas tout, contrairement à ce qu'affirme le Parisien. Ca ne change rien, en fait. Le 30 août dernier, dans les colonnes du Monde, Margaret Chan, directrice de l'OMS, donnait déjà le chiffre repris avant-hier dans Le Figaro : 40 % des patients décédés sont des personnes jeunes et en bonne santé.

Rappelons, pour faire bonne mesure, que le taux de mortalité de cette grippe tourne autour de 1 %. Sachant que les chiffres ne sont pas fiables car :
- tous les cas de grippe "suspects" ne font pas l'objet d'une analyse
- certains pays ne comptabilisent plus les cas de grippe
- les pays ne communiquent pas tous les mêmes cas à l'OMS
- il y a sans doute beaucoup d'éléments à affiner sur la façon dont se compose ce 1 %
- ce sont des statistiques sur des cas traités, pas des pronostics sur l'avenir

Question "information poubelle", on peut sans doute critiquer Internet à juste titre à de nombreuses occasions (quoique dans d'autres, ça se justifie moins...suivez mon regard) mais la presse se défend bien elle aussi quand il s'agit de mettre en scène l'émotion plutôt que l'information. Surtout que le Parisien a un beau palmarès en matière de couverture de la grippe. Je cite de mémoire la série du mois de juillet, quand les premiers cas commençaient à apparaître dans les colonies de vacances :
- "Grippe A : les médecins craignent d'être dépassés" (oh ! Mon Dieu !),
- "Grippe A : le QG secret de l'OMS" (un bunker pour survivre à l'apocalypse ?),
- "Grippe A : pourquoi le vaccin prend du retard" (c'est foutu !)

Je ne commente pas le détail le contenu des articles mais tout y est : la photo de l'hôpital où le jeune homme est décédé, le spécialiste qui annonce qu'il y aura "d'autres décès comme celui-là en France", le témoignage des uns et des autres, la description du paysage parce qu'on a rien d'autre à dire. Un extrait, pour le (dé)plaisir :

(...) le personnel ne souhaite pas parler. Sur une table, dans le hall, une pile de masques protecteurs en libre service évoque pourtant silencieusement le drame.

Le drame, il est aussi en page 1 du Parisien.

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